On pourrait résumer Mariah Carey aux 150 millions d'albums qu'elle a vendus en dix ans , mais cela ne résoudrait rien, la chanteuse américaine ayant définitivement quitté le monde ordinaire, comme son aîné Michael Jackson, tourments judiciaires en moins. Le 5 avril, Mariah Carey publiera The Emancipation of Mimi (Mimi, c'est elle), un album teinté de rap, où apparaissent Jermaine Dupri, The Neptunes, Kanye West, Nelly, Snoop Dog, Fatman Scoop, etc. En bref, le bataillon avancé du hip-hop à succès des Etats-Unis.
It's Like That, le premier titre de ce dixième album de la New-Yorkaise est bâti dans le style maison : un gimmick très porteur chanté d'entrée de jeu, pas de refrain, la voix chaude de Mariah Carey ponctuée d'incantations masculines, du "up-tempo". Et pour revenir aux chiffres, voici ceux du plan de promotion en France : le clip de It's Like That passe environ 30 fois par semaine sur MCM, 70 fois sur Trace TV, 40 fois sur MTV. La chanson est diffusée 4 fois par jour sur NRJ, autant ou plus sur Ado FM, Sky Rock et Fun. Le 9 avril, M6 projette une journée spéciale Mariah Carey. Difficile d'y échapper.
Le 16 mars, Mariah Carey est donc dans les studios de la Plaine-Saint-Denis, pour l'émission Hit Machine avec, ce jour-là, Miss Europe, Chimène Badi, Papi Sanchez, Willy Denzey, etc., tous faiseurs de "hits" qui peuplent les rayons single des hypermarchés.
Glamour, Mariah Carey ? C'est peu dire. Blonde comme les blés, métisse en réalité, mini-robe échancrée sur seins nus, talons périlleux. La star américaine est pour deux jours à Paris, avant l'Allemagne. Elle est arrivée avec son avion privé et ses 17 collaborateurs, managers, attachée de presse personnelle, maquilleuses, habilleuses, gardes du corps, et un homme de confiance chargé d'installer lumières et décors avant l'arrivée des équipes de télévision. Trois suites ont été louées au George-V.
Pour Mercury (label d'Universal Music France), l'investissement est important, il faut le rentabiliser. Mariah Carey va donc se concentrer sur la télévision peu de rencontres avec la presse écrite, hormis Gala "en allant là où elle n'est jamais allée". Par exemple, sur le plateau de Tout le monde en parle de Thierry Ardisson, qu'elle quittera vers 22 heures, à l'issue de son second jour de présence, pour rejoindre en limousine l'aéroport de Beauvais, seul accessible à cette heure aux avions privés de taille respectable.
Une journée de Mariah Carey, est-ce gai ? De midi à dix heures du soir, une succession d'entretiens et de chansons en play-back, entrecoupés par une séance d'habillage d'une durée supérieure à celle de la rencontre. Une fermeture Eclair réglée au millimètre par trois habilleuses, des retouches de maquillage incessantes, y compris quand il s'agit d'affronter les fans massés à la sortie de l'hôtel du quartier des Champs-Elysées, ou à La Plaine-Saint-Denis.
FÊTE AU MAN-RAY
Le 16 mars, il y avait fête au restaurant Le Man-Ray, Paul-Loup Sulitzer compris. Extraterrestre, Mimi la mutante descend le grand escalier en Marylin Monroe vers deux heures du matin sous les applaudissements et les flashs.
En 2001, cette vie de bâton de chaise l'avait précipitée dans la dépression thème "promotionnel" du précédent album, Charmabracelet, paru en 2002 chez Universal. La chute a commencé par l'insuccès de Glitter (2001), l'album et le film, totalement ratés. Elle s'est prolongée par son bannissement de la maison de disques EMI.
Mariah Carey avait intégré EMI en 2001 après avoir successivement divorcé d'avec Tommy Mottola, le PDG de Sony Music, et quitté cette maison de disques. Le contrat de Mariah Carey avec EMI aurait dû lui rapporter entre 80 et 100 millions de dollars, elle avait touché un bonus de 25 millions de dollars lors de sa signature. L'échec de Glitter et l'arrivée du Français Alain Lévy à la tête d'EMI en 2002 ont eu pour effet immédiat le renvoi de la star, moyennant un dédit de 29 millions de dollars.
Mariah Carey est-elle idiote ? Loin s'en faut. Une machine à générer du capital, sûrement. Mais Mimi a une âme, et une voix exceptionnelle. Elle incarne une drôle d'Amérique, qui a résolu en partie ses conflits raciaux par le business. Dans ces coulisses pleines de dollars en cash et de Blackberry (les téléphones-ordinateurs), Mariah Carey s'est entourée presque exclusivement d'Afro-Américains. Elle sourit en permanence, répond à toutes les questions. Elle a fait sien le rap américain dès 1995 (sur l'album Daydream). A Paris, en sirotant un jus à la paille, elle plonge avec plaisir dans l'histoire du rap, soulignant l'importance d'Old Dirty Bastard (ODB), maître du hip-hop mort cet été, quand China, fille de la chanteuse Dee Dee Bridgwater, qui présente sur MTV l'émission Select, l'interroge sur le sujet devant un exquis bouquet d'orchidées violettes.